Passage à + de 3,5 TCamping-car poids lourd

Les suspensions pneumatiques

Il est très tentant de vouloir équiper son camping car d’un système pneumatique de correction d’assiette sur le train AR, particulièrement sur les véhicules à fort porte à faux AR.

Les avantages sont évidents, par contre, avant d’investir il convient d’être très prudent, car l’opération n’est pas anodine.

Avantages
Inconvénients
Éviter l’affaissement sous charge
Augmentation des contraintes sur le châssis, le train et surtout les pneumatiques ;
Éviter l’augmentation de la chasse en charge et donc de la dureté de la direction
Suppression des braquages induits par le train AR en fonction de la charge ;
Faisceau d’éclairage constant.
Et surtout risque de dégrader le freinage, sans pour autant sortir des normes, ce qui permet l’homologation.

Sur nos véhicules les freins sont particulièrement sollicités, du fait que nous circulons en permanence quasiment à pleine charge. (Voire plus).
Pour assurer la pleine efficacité, une commande hydraulique adapte en permanence la pression dans les freins AR en fonction de la charge, en prenant comme information justement l’enfoncement de la suspension en fonction de la charge.
Et c’est l’homologation d’origine du porteur qui est la référence.
Hors, déjà, cette homologation mériterait d’être « ajustée » modèle par modèle, à cause du centre de gravité très haut de nos véhicules,.
Bien sur, la plupart des systèmes commercialisés peuvent comporter une interface permettant de compenser la pression indépendamment de la hauteur de caisse, c’est indispensable.

De plus, l’argument d’ajustement de la pression roue par roue me parait dangereuse, dans la mesure où cela va introduire une augmentation de la dissymétrie liée à la dissymétrie de charge. C’est la charge qu’il faut recentrer.
J’ai eut une longue expérience des véhicules à suspensions par barres de torsion réglables par ma vie professionnelle. Et côté dissymétrie, j’ai presque tout vu, y compris des véhicules quasiment en équilibre sur deux roues en diagonale, à la suite de remontage très approximatif après un accident par exemple. Inconduisibles
Sans parler du comportement dynamique probablement délicat, il faudrait aussi réguler la pression de freinage roue par roue, ce qui n’est jamais fait. Et quand bien même on régulerait le freinage roue par roue, cela introduirait des efforts de freinage inégaux droite/gauche entrainant une forte instabilité au freinage.
L’ajustement droite/gauche n’est donc possible que pour de petits déséquilibres. ( - de 4 %)

Un camping cariste de rencontre me faisait part de son projet d’équiper son véhicule de ce système. Inquiet du point de vue freinage, son vendeur lui a argumenté que l’ABS allait se charger du problème. Peut être, mais à condition d’augmenter volontairement la pression sur l’arrière, de façon à être sur d’avoir suffisamment de freinage pour faire fonctionner le système. Pour moi c’est du « charoniage » dangereux.

Pour conclure
Paradoxe, Je suis bien tenté d’équiper « PaKo », mon camping car actuel (2007), d’une suspension pneumatique. Il est fort probable que je le fasse.
Alors, direz-vous, après tout ça ?
En premier lieu, je vais demander l’avis du constructeur du « porteur », un propulsion.
Pression identique droite-gauche. Si ça penche, c’est que c’est mal chargé.
En deuxième lieu, je vais demander la collaboration d’un amis « contrôleur technique » pour établir la courbe pression d'air/charge sur l’essieu à hauteur constante, ce qui me renseignera en permanence sur l’état de charge et évitera une éventuelle surcharge.
Ensuite, et je vous le déconseille, je vais vérifier, et corriger au besoin, les réglages du correcteur de freinage, sur un banc de freinage puis sur route, à pleine charge.
Et enfin, j’ai largement passé l’âge de me prendre pour Fangio !

Finalement, après longue réflexion, c'est le véhicule que nous avons changé en 2008.

Mon regret
Qu’il y ait si peu de « châssis » de camping car équipé d’origine d’une suspension pneumatique à assiette constante.

Quelques rappels :
Les exigences officielles quant à la décélération de freinage des voitures correspondent à un freinage passable et ont seulement pour but de déterminer les freins à considérer comme dangereux.
* Pour le circuit de freinage principal: Décélération de 5,8 m/s2 à 80 km/h, pour un effort à la pédale de 50 kg
** Pour le système de freinage de secours: Décélération de 2,75 m/s2
Pour le frein de parking Il doit pouvoir maintenir le véhicule arrêté sur une pente de 18%

Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que le système ABS ne raccourcis pas les distances de freinage ; en revanche il permet au conducteur de conserver une certaine maîtrise de sa trajectoire, et qu'il n'entre en fonction que sur excès de freinage.

* La plupart des véhicules automobiles modernes équipés de « bons » pneumatiques en bon état d’entretien sont très largement au dessus de la norme. Inutile donc de dire qu’il vaut mieux conduire de très loin avec nos engins.


** Le frein de secours est constitué par les deux circuits du frein principal, commandant chacun, en général, deux roues. En cas de défaillance de l’un, l’autre continue à assurer un minimum de sécurité. Sous réserve d’avoir la pleine efficacité du circuit de frein AR, un camping car est relativement bien placé dans ce cas, pour une fois avantagé par la très forte charge sur le train AR.